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Malgré le conflit larvé sur l’indépendance du Sahara occidental, l’Europe devrait rester dépendante pour ses engrais du phosphate extrait au Maroc. Cet intrant a tout de même été inclus dans la liste des matières critiques pour l’Union européenne.

Malgré le conflit larvé sur l'indépendance du Sahara occidental, l'Europe devrait rester dépendante pour ses engrais du phosphate extrait au Maroc. Cet intrant a tout de même été inclus dans la liste des matières critiques pour l'Union européenne.

Tout récemment s’est tenu à Marrakech l’événement « Phosphates 2018 », la plus importante conférence mondiale consacrée à cette roche sédimentaire utilisée pour la fabrication d’engrais. Cinq cent producteurs et acheteurs ont pu se féliciter de la forte croissance du marché mondial des engrais phosphatés. En hausse annuelle de 5%, dynamisé par la faible disponibilité des terres arables et l’accroissement de la demande de produits carnés, celui-ci devrait en effet atteindre 78 milliards de dollars en 2025 (contre 51,6 milliards en 2016).

Si l’événement a eu lieu à Marrakech, c’est parce qu’avec 13% de la production mondiale, le Maroc est le deuxième producteur de phosphate naturel après la Chine (44%). La production est contrôlée par le puissant Office chérifien des phosphates (OCP). Et le royaume chérifien exporte : avec 28% des importations de l’Union européenne, il est même notre premier fournisseur, loin devant la Russie (16%). Cette concentration de l’offre, l’absence de substituts et la faible production de phosphates par les pays membres de l’UE ont d’ailleurs incité la Commission européenne à inclure le phosphate naturel dans sa liste de 27 matières premières dites « critiques ».

Risque d’image

De plus, les ressources marocaines de phosphates se trouvent pour partie extraites au Sahara occidental, un territoire vaste comme la moitié de la France revendiqué à la fois par Rabat et par le Front Polisario. « C’est la dernière colonie d’Afrique ! », souligne Gilles Devers, un avocat français lancé dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance du droit à l’autodétermination du Sahara occidental. Or en décembre 2016, la Cour de justice de l’Union européenne devait estimer qu’un accord de pêche signé entre l’UE et le Maroc ne s’appliquait pas au Sahara occidental. « Cette décision conditionne toute activité au Sahara occidental au consentement du Front Polisario – y compris l’extraction de phosphates », affirme Gilles Devers.

« Les groupes privés important des phosphates depuis le Sahara occidental violent les principes directeurs sur les droits de l’Homme et les entreprises adoptés par l’ONU et cela représente un risque pour leur image », abonde Erik Hagen, de l’association Western Sahara Resource Watch, qui constate que « sur les 15 entreprises qui importaient des phosphates sahraouis en 2012, il en restait neuf en 2016. Et l’année prochaine, elle ne seront plus que trois ». Même le canadien Potash Corp pourrait bientôt se tourner vers d’autres fournisseurs.

Cette tendance doit-elle inciter les agriculteurs et industriels européens à diversifier leurs approvisionnements ? Erik Hagen nuance : « les mines de phosphates du Sahara occidental représentent un détail dans le modèle économique global du groupe OCP », qui extrait également les phosphates des sites de Khouribga et Gantour, au sud-est de Casablanca, bien loin du Sahara occidental… En 2017, ce dernier a augmenté de 40% ses ventes de roche et de 24% celles d’engrais par rapport à 2016. Les Européens devraient rester dépendants, pour de longues années encore, des engrais phosphatés marocains.

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